mercredi 8 mai 2019

Les écologistes


Je lis en ce moment les ouvrages de l'auteure Alexandra David Néel, qui sont tous excellents et qui font tous preuves de beaucoup d'érudition en la matière. J'aurai eu beaucoup de choses à dire, écrire ou penser sur sa pensée, ou plutôt sur la pensée tibétaine dont elle se fait la relayeuse, ou du moins la "digne" transmetteuse pour un public déjà averti.

Mais là n'est pas le sujet de cette causerie, qui ne concernera que moi. Non; C'est en lisant une phrase somme toute des plus banales, au sujet d'un récit narré, que j'ai eu envie d'ouvrir le carnet de note. Il s'agit de ce passage :

"Cet homme était me fils cadet d'une famille paysanne, il aspirait à quitter la vie de cultivateur pour faire du commerce et s'enrichir - C'est là le rêve de presque tous les Tibétains."

* Par extension, nous pourrions rajouter : "C'est là le rêve de presque toute la Terre entière, et le voilà réaliser".

Le rêve n'est plus rêve mais stricte vérité, on parle de cultivateur, mais celui ci s'est transformé en "paysan" modifiant sa ferme en exploitation, et l'exploitation le rendant "agriculteur" pour que l'exploitation devienne une surface agricole d'exploitation, et enfin, celui ci devient "exploitant agricole" le rendant lui et son terrain, à la merci d'acheteurs professionnels. Je ne sais pas mieux comment expliquer le début de l'économie puisque c'est de la terre que tout vient, c'est de la terre que les prix sont fixés, puis ajustés, puis modifiés, puis variés, puis côtés, puis devenant pourcentage de pourcentage, puis devenant consommation, évidemment, puis devenant vite, néant et poussière du vide. Au final, c'est dans le paysan que né Caîn est Abel, et que découle une des sources connues du Mal (au sens métaphysique, bien sûr). C'est dans le désir de s'émanciper de quitter "nos pieds de la terre boueuse" du travail, que l'Homme quitte, oublie Dieu pour se transformer ou plutôt se "terre à former". En devant commerçant, la terre devient palpable et il jouit plus vite des biens qu'il produit. C'est le commerçant qui n'est plus a la merci de la terre, mais qui à la terre à ses pieds. L'Homme (le petit homme, l'humain, le "paysan" ) possédant la terre qui n'est plus acculé à ses pieds, mais dont son pied est désormais revêtu d'une parure, il ne la foule plus, mais l'effleure. Il peut désormais se faire petit oracle et établir des calendriers, s'il a oublié Dieu, c'est parce qu'à son échelle il en est devenu un : un planificateur d'une période donnée. Un créateur, Un Architecte d'un petit univers.
Ainsi, si l'intelligence et une raison éclairée se greffe à sa colonne vertébrale, il deviendra même littéraire par là j'entends curieux du monde (et de son devenir selon le Vedanddhanta) : il produira une science qu'il rendra publique, (le journaliste, les médias, la littérature) ou produira une science secrète (recherche scientifique, religion, franc maçonnerie). Voilà donc l'homme accompli, puisque rempli des pieds à la tête par tout ce qu'il est possible qu'un homme obtienne ici bas. Ses pieds appartiendront toujours a la terre, ses jambes courront le monde, son estomac sera plein, ses poumons seront plein d'air de la communication, et sa tête elle lui appartiendra toute entière parce qu'il planifiera toujours (il se projette). La machine tournant a plein fouet, le coeur alimentant tout ça selon sa propre fonction. Il n'y a a donc plus aucune raison de s'inquiéter parce que même l'inquiétude serait le signe qu'il y a une activité irrationnelle qui se produit en lui, et dont aucun organe n'a pourtant la place pour s'en charger.
C'est dans ce sentiment de quiétude que la vie, enfin,... la vie telle qu'elle nous est donné aujourd'hui - traversant le samsara- s'est milliardièment développée ne nous rendant plus homme, plus éthnie, plus peuple, plus nation, plus pays, plus états, plus union, mais "population". Une population qui n'est plus paysanne, qui est majoritairement consommatrice donc, dont l'héritage du commerce a (cf "les marchands du temple)  encore subi une évolution sur l'échelle de la théorie créationniste. [Vu sous cet angle cette théorie générale de l'évolution humaine, est entièrement validée.] Sauf que cette terre qui en a vu passé des hommes, porte aujourd'hui les traces de seulement 2000 ans de vie humaine, de paysannerie, de causerie, de commerce. Et voilà, la naissance de l'écologie : conscience passée et oubliée que la Terre, au même titre que l'Homme possède une Âme impalpable puisque ne possédant pas de corps (ou d'organe) propre pour produire son activité. Voilà le Paysan qui a perdu son identité il y a déjà plus de mille année qui se met a pérorer à travers un vocabulaire tout neuf et moderne, sur le sort d'une espèce qu'il dit humaine et a laquelle il s'associe, niant tout de chaque particularité. L'ONU nous sort 1000 espèces qu'il faut impérativement protéger. 1000 animaux dont la vie est en danger.
Il est certain que ce n'est pas uniquement au Tibet que l'Homme s'est enrichi.
L'homme possédera t il assez d'espace sur sa clé usb du rêve humain, pour rêver à ses animaux qu'il va bien falloir oublier?

A la manière du Petit Prince qui cultive sa rose sous serre sur une planète au nom compliqué, nous écolos de la première heure nous allons voir grandir sous herbium, la dernière autruche violette a 7 pattes, nous allons l’observer sous toutes les dernières coutures et calculer le grain de sa plume : en voyant mieux de près sa reproduction et son évolution, il est certain que nous allons la protéger!
Le dicton de la main de l'homme qui nourrit la vache, qui tuera cette vache pour la manger, est entièrement vrai, mes amis écolos, nous ouvrons grands nos yeux téléscopiques sur les dernières mutations, que nous avons oubliés les filtres lumineux de notre raison si sainement éclairée pour analyser limpidement l'étendue globale de l'avancée du monde! (ou du recul de la création) ! Ouvrons encore grands nos lanternes d'yeux et pleurons en coeur, population! NOUS RACISTE PAR ESSENCE, ASEXUE PAR LE TEMPS, nous allons tellement regarder cette autruche cellophanée, que dans le dernier hocquet d'instinct de notre tambour de coeur, nous allons fusionner (Oh, alchimie des temps anciens, bonjour!) et devenir, NOUS AUTRUCHES!
Plus de paysan, plus de terre, plus de commerce et de calcul fatigant, sans le dividende de la conscience par delà les sens, le quotient aboutit à un oubli de donné : puisque nous sommes sans rien, puisque nous parlons encore tout de même, alors devenons ce qui nous reste : des bêtes. tout calcul fait...